Ingénieur en méthanisation devant machine   © Adobe stock - août 2021

Dossier

Le métier d'ingénieur.e en méthanisation

Passion Céréales

La méthanisation est une méthode qui permet de produire de l’énergie renouvelable tout en apportant des réponses aux enjeux de valorisation des déchets organiques, de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de développement de l’agroécologie. À la fois expert.e multi-compétences, manageur.e et homme ou femme de terrain, l’ingénieur.e en méthanisation est le maillon central d’une filière d’avenir.


« Toutes mes journées sont différentes »

Louis Lhotte, Ingénieur agronome, Responsable de deux unités de méthanisation à Compiègne et Senlis (Oise).

« Issu d’une famille d’agriculteurs, mon métier s’inscrit dans un univers que je connais bien, que j’apprécie, et dans un secteur en développement. Après ma formation d’Ingénieur agronome avec une spécialisation en pilotage d’entreprises, j’ai eu l’opportunité de prendre la direction de deux stations de méthanisation. À ce titre, je gère l’ensemble des installations, depuis les gisements et les approvisionnements jusqu’à la valorisation de la production – y compris l’épandage du digestat – en passant par la maintenance, l’entretien et la gestion administrative... C’est une fonction polyvalente et de terrain où les missions sont très différentes et où les journées se succèdent sans routine ! »

La méthanisation est un processus de transformation de matières organiques en deux produits distincts, l’un liquide, le biogaz, l’autre solide, le digestat.

  • Le biogaz est une énergie renouvelable dont la composition (méthane et gaz carbonique) et les propriétés sont équivalentes à celles du méthane d’origine fossile.
  • Le digestat est un amendement organique (compost) destiné à la fertilisation des sols agricoles.

La production de biogaz en milieu agricole

Le biogaz est produit dans des unités de méthanisation à partir de matières organiques qui peuvent être d’origine agricole (effluents d’élevage, cultures énergétiques, pailles et menues pailles de céréales, poussières de silos...), alimentaire (déchets de collectivités et d’industries alimentaires) ou issus de stations d’épuration. L’addition des matières premières organiques disponibles sur un territoire donné forme le « gisement ».

Ces substrats organiques sont placés dans des cuves où ils sont brassés, chauffés et ensemencés avec des colonies de micro-organismes qui les dégradent progressivement jusqu’à leur complète transformation en biogaz et en digestat. A la différence de la fermentation alcoolique, le processus est conduit en milieu anaérobie, c’est-à-dire en l’absence totale d’oxygène. Ce processus naturel est analogue à ce qui se déroule dans l’estomac d’un bovin lors de la rumination.

Le fruit de la méthanisation est intégralement valorisé : par voie agronomique pour le digestat, par voie énergétique pour le biogaz qui sert à produire de la chaleur et de l’électricité par cogénération, à alimenter les réseaux de distribution de gaz naturel (« gaz de ville ») ou encore à fabriquer du gaz naturel pour véhicule (GNV) qui est un biocarburant.

Au-delà des spécificités liées à chaque contexte d’exercice, l’Ingénieur en méthanisation conduit une grand nombre de missions qui contribuent à la diversité du métier :

  • Il recherche les ressources disponibles et exploitables sur un territoire donné ;
  • Il étudie le pouvoir de méthanisation des ressources locales et réalise les études de faisabilité de l’unité de méthanisation en fonction du potentiel offert par le gisement ;
  • Il élabore les plans de valorisation de la biomasse ;
  • Il réalise les études de dimensionnement et d’implantation d’unités de méthanisation ;
  • Il recherche et préconise les solutions techniques et commerciales les mieux adaptées ;
  • Il élabore le cahier des charges et sélectionne les intervenants (constructeurs, équipementiers...) ;
  • Il coordonne ou dirige la construction d’unités de méthanisation ;
  • Il conduit le processus de digestion anaérobie qui transforme les déchets en biogaz et en compost ;
  • Il assure la valorisation du digestat à travers les utilisations agricoles ;
  • Il assure la totalité du cycle de méthanisation jusqu’à l’injection du biogaz dans le réseau ou sa valorisation en électricité et/ou en chaleur pour des installations ciblées : sites agricoles ou industriels, bâtiments publics ou tertiaires, immeubles, maisons ;
  • Il garantit la conformité du process et des produits aux normes réglementaires.

L’Ingénieur.e en méthanisation a pour fonction de produire de l’énergie renouvelable grâce à la transformation de déchets biodégradables en biogaz et en digestat. Il peut exercer son métier à différents niveaux de la filière méthanisation, de l’amont vers l’aval :

  • Dans un centre de recherche ou un bureau d’étude, où les dimensions conseil et expertise seront prédominantes ;
  • Chez un constructeur d’unités de méthanisation ou de centrales biomasse, où son action intègrera des compétences complémentaires d’ingénierie du bâtiment et de génie civil ;
  • Sur un ou plusieurs sites agricoles ou agro-industriels de production de biogaz, en tant que responsable d’exploitation ;
  • Au sein d’une collectivité territoriale, d’une coopérative agricole ou d’une entreprise de négoce, en tant que conseiller et Ingénieur référent sur les questions énergétiques.

Cette filière en pleine expansion offre de multiples opportunités d’installation sur l’ensemble du territoire, en zones rurales et péri-urbaines. En effet, la France compte d’ores et déjà un millier d’installations et la marge de progression du secteur est exponentielle : alors qu’à peine un million de tonnes de matière brute organique était mis en œuvre en 2016 (dernier chiffre disponible), le gisement exploitable est évalué à 130 Mt à l’horizon 2030, dont 90 % d’origine agricole, représentant 56 GWh d’énergie primaire. (Source : Ministère de la Transition écologique)

Ouvert aux femmes comme aux hommes, le métier d’Ingénieur.e en méthanisation mobilise des compétences techniques et scientifiques dans de multiples domaines :

  • Biologie et microbiologie
  • Agriculture et agronomie
  • Mécanique
  • Mécanique des fluides
  • Électricité
  • Thermique
  • Énergies renouvelables

Cette spécialisation est accessible aux Ingénieur.e.s agronomes et généralistes. En effet, il n’existe pas encore de diplôme d’Ingénieur en méthanisation en tant que tel, mais la fonction est accessible aux titulaires d’un diplôme d’Ingénieur en Agronomie, en Génie énergétique, en Énergie et Environnement ou d’un diplôme d’Ingénieur généraliste avec une spécialisation en Génie de l’environnement ou en Électromécanique.

Certains établissements proposent des formations complémentaires orientées vers la méthanisation, à l’image du Certificat spécialisé mis en place par l’Institut UniLaSalle de Beauvais.

Sources : Centre national Technique du Biogaz et de la Méthanisation (CTBM), energierecrute.com. 

Pour en savoir plus…

Le site du Club Biogaz, pour tout savoir sur la méthanisation : https://atee.fr/energies-renouvelables/club-biogaz

Le site de l'onisep, sur les formations d’Ingénieur agronome : https://www.onisep.fr/Ressources/Univers-Metier/Metiers/agronome

 

La méthanisation fait partie des métiers du secteur agricole en fort développement, comme la recherche. Cette dimension novatrice et les multiples interactions liées à la fonction impliquent de déployer de bonnes aptitudes de communication, de pédagogie et de persuasion afin de porter les projets auprès de différentes catégories d’interlocuteurs : pouvoirs publics et administrations, élus locaux, associations et organismes environnementaux, entrepreneurs agricoles et industriels...

En termes de profil, l’Ingénieur en méthanisation est avant tout un professionnel ouvert, curieux, manifestant un réel intérêt pour le monde agricole, la science du Vivant et l’environnement. Appelé(e) à affronter des situations inédites, à se rendre régulièrement sur le terrain et à s’entourer de compétences pluridisciplinaires, il (elle) doit avoir le sens de l’initiative et du contact ainsi que la capacité à mobiliser des équipes et à conduire des projets investis d’importants enjeux.